Bry : les trains ne vont plus leur casser les oreilles

Article Le Parisien du 4 mars 2019
Bry : Les trains ne vont plus leur casser les oreilles

 

Les riverains de la ligne de chemin de fer de marchandises vont bientôt pouvoir bénéficier d’aides financières à la réduction des nuisances sonores.

 

 

On vient à Bry pour ses bords de Marne bucoliques, mais on oublie les pourtours de la ligne de trains de marchandises qui traverse la ville. Aux abords de l’ancienne gare de Bry, les entrepôts font face aux immeubles d’habitation et aux pavillons cossus.

Difficile pour les riverains d’oublier le train. Celui qui passe avec fracas nuit et jour, tordant le calme quasi-provincial de cette commune bourgeoise.
Bientôt, les riverains du chemin de fer de la ceinture parisienne pourront enfin dormir sur leurs deux oreilles. L’Agence de l’environnement de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et SNCF Réseau lancent une enquête de proximité auprès de 42 pavillons et 23 immeubles collectifs, soit 400 logements voisins de la ligne ferroviaire à Bry.

Une véritable enquête acoustique qui débute en ce début mars afin de déterminer le niveau de nuisances sonores subi par les habitants. Ceux qui seront identifiés comme les plus gênés par le vacarme pourront bénéficier d’une aide financière pour effectuer des travaux d’isolation et ou l’installation de fenêtres à double voire triple vitrage.

« Je n’ai pas les moyens de mettre du double vitrage »
« Si on avait su ! On a fait mettre du double vitrage il y a trois ans… Ça nous a coûté un peu moins de 7 000 € quand même, mais c’était devenu indispensable. Le ronron du train, on vit avec depuis plus de 30 ans, on s’habitue, mais quand on ne l’entend plus, on réalise à quel point c’est embêtant », racontent Roselyne et Jacques. Le couple de retraité a acheté son appartement dans les années 1980. Aujourd’hui la question de la revente pourrait se poser.

« On imagine que les acheteurs prendront en compte la ligne SNCF qui passe quasiment sous nos fenêtres pour faire baisser le prix », s’inquiète Jacques.

Dominique, n’a plus de raison de se plaindre du bruit. Sauf quand cette jeune retraitée rend visite à son frère qui habite aujourd’hui la maison où elle a grandi : « J’ai vécu avec le train toute mon enfance. À la fin, on n’y faisait plus attention ». « Toi peut-être, mais nous quand on vient, on ne dort pas ! Vous ne vous rendez plus compte que vous vivez dans le bruit permanent, vous les Parisiens ! Nous, on a les tempêtes, c’est quand même plus agréable », replace Guy, un ami breton qui sort tout juste ses valises de sa voiture.
« Moi qui n’ai pas les moyens de mettre du double vitrage, je peux vous garantir que je vais être au taquet sur cette enquête acoustique », se réjouit Luc, qui vit depuis trois ans dans une résidence située en contrebas de la gare.

Jusqu’à 3 200 € d’aide

S’il est aujourd’hui difficile de déplacer la ligne de chemin de fer, des solutions existent pour se protéger des nuisances. Le plan national de réduction des points noirs du bruit ferroviaire lancé en 2017 par l’Etat s’attaque par une meilleure isolation des habitations aux cas les plus contraints. Soit, en Ile-de-France, aux logements limitrophes de la grande ceinture de marchandises.

Financé à 80 % par l’Ademe et à 20 % par SNCF Réseau, le plan répond à un enjeu de santé publique. D’autant que l’Ile-de-France concentre 40 % de la circulation ferroviaire nationale. Et tandis que la dernière étude de Bruitparif publiée début février estime que les Franciliens exposés aux nuisances sonores des transports perdent en moyenne 10,7 mois de vie en bonne santé.

Se chevauchant, les phases de diagnostic et de travaux sont entamées dans une vingtaine de villes de la grande ceinture ferroviaire d’Ile-de-France. De Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) ou Massy (Essonne). À Bry, l’enquête acoustique ne fait que commencer cette semaine et devrait se poursuivre dans les trois prochains mois.

Les habitants, comme dans les autres communes de la région, recevront si ça n’est pas déjà le cas un courrier leur soumettant un rendez-vous avec un expert. Ainsi, après diagnostic, une aide aux travaux d’isolation, changement de fenêtres et de portes pourra au cas par cas être accordée aux riverains. Celle-ci est plafonnée à 3 200 € pour les pavillons.